Notre village est riche en anectodes

En ce temps-là vers 1860, Thury défraya la chronique régionale et fut en passe de devenir un centre de pèlerinage important.

La « maison des miracles » était située dans la quatier de « la Place », à l'entrée de la « rue des Biques ». La municipalité de l'époque hésitait entre la réparation de l'église existante (dont il reste une colonne surmontée de la statue de la Vierge) ou la construction d'une nouvelle église qui s'élèverait aussi au milieu du cimetière.

A cette époque, habitait ladite maison la mère Voulaînne, femme finaude et intrigante. Elle envisagea de donner un renom de sainteté à sa maison, afin que ce lieu béni de Dieu devînt l'emplacement de la nouvelle église. A côté de ce but religieux, elle visait aussi la future prospérité que ne manquerait pas d'apporter le voisinage de l'église et la célébrité de sa maison.

La « veille é mirâques » traça donc sur la cheminée intérieure une croix à l'aide de sang de poulet. Puis elle ameuta le quartier en clamant sa « découverte » à toutes les « saquelottes » du coin.

Curieux, les voisins accoururent….et virent…..

Devant eux, elle effaça la croix. Le lendemain, celle-ci avait réapparu, c'était miraculeux.

De bouche à oreille, cette sensationnelle affaire se répandit par ondes successives et atteignit la population à plusieurs lieues à la ronde. Les « pèlerins » affluèrent et tout s'organisa méthodiquement.

Le scénario ne variait pas : les visiteurs, à leur entrée dans la pièce (par la porte de devant) voyaient une croix de sang s'étaler sur la cheminée. On avait établi un sens unique et la foule s'écoulait par la porte de derrière. Puis, tout le monde sorti, on fermait les portes, plus personne ne pouvait pénétrer dans la maison.

Quelques temps après, nouvelle entrée….O miracle, la croix de sang était là, nette, fraîche…

Cela dura des jours, des semaines, des mois…

Cela mobilisa tous les environs…

Bientôt, il fallu faire la queue pour être admis à contempler le phénomène. On dut faire appel au garde-champêtre pour organiser la circulation des foules.

Avec les pèlerins, arrivait l'argent…

Les marchands du temple s'installèrent : on vendait de petites croix en bois fabriquées sur place ; les aubergistes faisaient fortune. Pendant quatre jours on manqua de pain au village…

Et les pèlerins ne cessaient d'affluer…à tel point que les paysans du quartier de la place ne purent mener leurs bêtes à l'abreuvoir du coin pendant plus de quatre jours.

Mais l'évêché s'inquiéta de cet état de choses. Déjà, une « amazone », sans doute une noble, venue se rendre compte, déclara à la ronde qu'il n'y avait là « ni miracle, ni physique »

Puis un jour, deux prêtres entrèrent, assistèrent à l'effacement de la croix. L'un d'eux, au lieu de sortir, se dissimula dans un recoin et surveilla ce qui devait se passer en l'absence de tout témoin…et il vit….il vit sortir d'une maie à pain « la veille é miraque », tenant à la main un sabot plein de sang de poulet, et rétablissant prestement la croix miraculeuse.

Dès lors, adieu miracle, adieu pèlerinage…mais non point fin de la célébrité de thury…car un demi-siècle après, nos mères, allant vendanger dans la côte, essuyaient encore les quolibets des layots étrangers et s'entendaient appeler « les p'tiotes du pays des miracles »

Encore aujourd'hui on parle de Thury les Miracles en maints endroits